Journalistes au front de la résilience climatique
À Yaoundé, ce 26 août, une vingtaine de journalistes et de communicateurs d’Afrique centrale ont franchi un pas décisif : comprendre, pour mieux transmettre, les enjeux de la résilience climatique et forestière. Trois jours durant, dans une salle de formation qui se veut aussi espace d’engagement, ces voix du quotidien s’initient à un langage vital — celui des forêts, du climat, et des populations qui en dépendent.
Cette initiative s’inscrit dans le cadre du programme RESSAC (Recherche appliquée en Écologie et en sciences sociales en appui à la gestion durable des écosystèmes forestiers d’Afrique Centrale), porté par le CIFOR-ICRAF et financé par l’Union européenne. Plus qu’un simple projet scientifique, RESSAC se veut un pont entre la recherche et la vie réelle, entre données complexes et récits accessibles.
« Nous avons voulu renforcer les capacités des journalistes afin qu’ils puissent porter au mieux les résultats de la recherche et leur donner l’impact qu’ils méritent », explique le docteur Abdon Awono, chercheur au CIFOR-ICRAF. L’enjeu n’est pas mince : transformer des résultats scientifiques souvent confinés aux laboratoires en récits clairs, concrets, capables d’inspirer des communautés entières.
Le CIFOR-ICRAF concentre aujourd’hui ses travaux sur trois axes majeurs : la biodiversité forestière et les ressources génétiques, les chaînes de valeur et les investissements durables, et le changement climatique. Trois terrains où se joue, en filigrane, l’avenir des forêts d’Afrique centrale, mais aussi celui des millions d’êtres humains qui vivent à leur ombre.
Car au cœur de ce programme, il y a l’humain. « La particularité de cette thématique, c’est de réaffirmer que l’être humain est au cœur des interventions de recherche », poursuit M. Awono. Autrement dit : parler de forêts, c’est parler de villages, de marchés, d’enfants, de femmes et d’hommes dont la survie dépend directement de ces écosystèmes.
Lancé en 2021, RESSAC s’appuie sur une conviction simple mais essentielle : la recherche n’a de sens que si elle change concrètement la vie des communautés. Pour y parvenir, les chercheurs doivent dialoguer avec celles et ceux qui façonnent l’opinion publique. « Impliquer les journalistes dans ce projet est une nécessité », affirme le docteur Richard Sufo, coordonnateur du programme. « Ils transforment des données techniques en informations digestes, compréhensibles, qui atteignent aussi bien les villes que les villages. »
Le défi est de taille : comment raconter, sans les trahir, la complexité des équilibres écologiques ? Comment donner chair aux chiffres et aux analyses scientifiques ? La première journée de formation a déjà apporté quelques réponses. « Je sors satisfaite, car nous avons abordé les points qui posent souvent problème dans notre travail, surtout lorsqu’il s’agit d’utiliser des résultats scientifiques », confie Marie Pascale Mouyissi, journaliste gabonaise.
Au-delà des outils, c’est une mission collective qui se dessine. Ces journalistes, devenus passeurs de savoirs, devront désormais traduire en histoires vivantes l’urgence de protéger les 60 millions de personnes qui tirent leur subsistance des forêts du bassin du Congo.
Car au bout du compte, l’objectif est clair : que chaque article, chaque reportage, chaque émission soit une étincelle de conscience. Que la science trouve, par la plume et la voix des médias, un chemin vers les populations. Et que les forêts, elles, continuent à respirer, pour que l’Afrique centrale respire avec elles.
La Rédaction

